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L'EDUCATION, CA COMMENCE QUAND ?

Jusqu’à une date très récente, L’éducation s’est confondue avec l’instruction. Or celle-ci ne concerne que le développement de l’intellect et du mental alors que l’éducation proprement dite se rapporte au développement de nos potentialités et par extension, à l’ensemble des moyens que les parents peuvent mettre en œuvre, pour assurer le développement optimal de leur enfant. Dans les siècles passés éducation et dressage ne faisaient qu’un et l’on a perdu très tôt, le sens étymologique d’éduquer, à savoir, « guider ». Aujourd’hui, on parle d’« accompagner », ce qui est plus juste.

Au début du XXème siècle, le biologiste Konrad Lorenz qui élevait des oies dans son salon, avait démontré que le dressage des animaux pouvait se faire dans la douceur. C’est sa découverte qui a permis le tournage de ce film magnifique : « le peuple migrateur ». Pour obtenir des oies qu’elles volent à côté des delta-planes, les dresseurs communiquaient avec elles, avant leur naissance. Ils leur parlaient à travers la coquille. Quand l’oisillon perçait l’œuf, il reconnaissait le dresseur comme son « papa », comme faisant partie de la famille. Il continuait ensuite à apprendre de lui, à travailler avec lui, cherchant à lui faire plaisir. Bien qu’étant de 2 espèces différentes, l’oiseau et le dresseur se comprenaient. Konrad Lorenz nous a donc appris que le fœtus comme l’oisillon perçoit les intentions, les tonalités affectives de ses géniteurs et de l’environnement. Les neuro-sciences nous enseignent que dans la vie prénatale, le cerveau émotionnel se forme avant le cerveau rationnel. Le Dr Claude Imbert, fondatrice de la sophro-analyse a mis en évidence comment in-utero, les chocs émotionnels nous conduisent à des interprétations du monde, des croyances qui vont se développer ensuite sous forme de scénarios de vie plus ou moins difficiles. Accompagner le fœtus par le chant, la musique, des paroles douces, des caresses sur le ventre maternel, c’est engrammer dans son cerveau, la croyance que la vie peut être belle, harmonieuse, heureuse. Inversement, les bébés conçus dans des contextes de vie douloureux peuvent préparer leur cerveau à une arrivée dans un monde hostile.

L'éducation commence in-utero par l'accompagnement de la nature. Elle se poursuit par l’accompagnement des parents qui eux-mêmes devraient pouvoir bénéficier de l’accompagnement de la collectivité. La 1ère cellule communique avec la « mère profonde », ou « mère psychobiologique », c’est-à-dire cette capacité du corps féminin à satisfaire les besoins de la mère et de l’enfant et à les faire grandir. Avant même que la femme connaisse son état de grossesse, la mère profonde met tout en œuvre pour assurer l’implantation de l’œuf dans l’utérus et assurer son devenir. Tout au long de la grossesse, elle va protéger la mère et le bébé de la douleur et du traumatisme, en sécrétant en même temps les endorphines et l’adrénaline. Les endorphines « hormones du bonheur » et l’ocytocine « hormone de l’amour », facilitent et renforcent le lien entre la mère et l’enfant.

Si la mère porte l’enfant, il appartient au père de porter la mère et l’enfant. Sa place est prépondérante dans cet accompagnement bienveillant du nid familial. La femme qui « cocoone » a besoin d’être « cocoonée ». Elle a besoin de se sentir aimée, comprise et soutenue par le père. Sa seule présence allège les soucis et réconforte dans les moments de déprime. La famille, les amis, les collègues de travail, selon la posture qu’ils choisissent peuvent être aidants ou non. Les professionnels de la santé ont leur rôle à jouer dans l’accompagnement du couple qui devient une famille. Les changements heureux ou malheureux sont toujours facteurs de stress.

Il revient à la collectivité tout entière de soutenir la famille. « Il faut un coach pour 50 habitants » dit Vincent Lenhardt, consultant. Et la sagesse africaine enchérit : « il faut tout un village pour élever un enfant ». Chacun d’entre nous est un effet, la figure parentale que selon les moments de sa vie, l’enfant interpelle et à qui il demande protection. Avons-nous conscience de notre responsabilité d’éducateurs, c’est-à-dire d’accompagnants dans ce domaine ? A l’heure de l’intelligence émotionnelle, allons-nous rester sur notre « quant-à-soi » ou au contraire nous ouvrir à ce merveilleux métier d’accompagnant ?

Agnès Dubuisson, auteur du livre « CHOISIR LA VIE, se préparer à devenir parent, concevoir un monde nouveau », Editions Vie ; fondatrice de l’Ecole de la Parentalité, Aix les Bains.